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L'Ecran Masqué 2 - Le retour

-CARNET DE BORD DE L'ECRAN MASQUÉ- BURNING / A BRIGHTER SUMMER DAY / PLUIE NOIRE / LA FORTERESSE CACHÉE

A l'instar des « brèves », nouvelle rubrique amorcée afin de pouvoir parler de davantage de sorties au cinéma que d'habitude (l'écriture d'une critique « traditionnelle » pour chacun d'entre eux demandant un temps libre qui n'est pas toujours aménageable ou possible), voici l'inauguration d'une autre catégorie d'articles : un « carnet de bord » de l'Ecran Masqué afin de tenir à jour son exploration dans les contrées du 7ème art. Cela permettra ainsi de parler d'un cinéma du passé et/ou méconnu, de transmettre les coups de cœur, les interrogations, les réflexions et les déceptions qu'il aura eu au cours de ses dernières découvertes cinématographiques. Et pour débuter les festivités, voici une thématique « Extrême-Orient » avec une mystérieuse disparition en Corée du Sud, une immersion dans la capitale taïwanaise troublée pendant les années 1960, un face-à-face avec l'horreur de Hiroshima, et le sauvetage périlleux d'une princesse et de son trésor dans le Japon divisé du XVIème siècle.

 

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BURNING de Lee Chang-Dong

BURNING est un thriller dramatique sud-coréen écrit et réalisé par Lee Chang-dong en 2018, librement adapté de la nouvelle « Les Granges Brûlées » que l’écrivain japonais Haruki Murakami avait publié en 1983 et qui était elle-même inspirée de « L’Incendiaire » de William Faulkner et paru en 1939. BURNING suit Jongsu (Yoo Ah-in), un jeune homme qui rêve de devenir écrivain et qui retrouve par hasard Haemi (Jeon Jong-seo), une jeune fille originaire du même village que lui. Celle-ci le charge de veiller sur son chat pendant qu'elle part voyager en Afrique. Lorsqu'elle revient, Haemi est accompagnée de Ben (Steven Yeun), un jeune homme aussi riche que mystérieux, qu'elle a rencontré là-bas et qu'elle présente aussitôt à Jongsu. Peu de temps après, Haemi disparaît.

Écrivain, professeur, dramaturge puis cinéaste, Lee Chang-dong a remporté le Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise dès son troisième film avec OASIS. En 2007, il avait présenté en compétition au Festival de Cannes le film SECRET SUNSHINE pour lequel l’actrice principale Jeon Do-yeon était repartie couronnée du Prix d’Interprétation Féminine, puis en 2010 avec POETRY qui obtint le Prix du Scénario. C’est donc assez logiquement que Lee Chang-dong présenta BURNING à Cannes sans obtenir cette fois-ci la moindre distinction.

Cela a beau être un oubli regrettable, ce n’est en fin de compte pas si surprenant tant BURNING joue sur les faux-semblants et est une œuvre à combustion lente. Il peut légitimement désarçonner de prime abord, d’autant plus que sa construction narrative cherche explicitement à duper le public et à prendre à revers ses attentes pour mieux les retourner contre lui, le plongeant alors dans une spirale d’interrogations aussi vertigineuses que potentiellement décevantes par leur (absence de) réponse. BURNING prend son temps et consacre ainsi ses premières soixante-dix minutes à bâtir une romance adolescente, certes charmante mais apparemment anecdotique. Et l’erreur serait de croire que ce premier acte s’étire trop longuement ou qu’il est partiellement inutile. Il est en fait un ingrédient essentiel, un élément fondamental du « tour » orchestré par Lee Chang-dong.

Car une fois passée cette première moitié du film et cette incroyable séquence de danse crépusculaire filmée en contre-jour (ce qui donne lieu à un plan séquence dont le visionnage est aussi hypnotique que sa conception a dû être cauchemardesque), le film bascule dans un registre soudainement plus kafkaïen et métaphysique. Sans jamais céder aux sirènes désormais commerciales et pompières du thriller policier coréen, un sous-genre qui ne semble plus chercher autre chose qu’à recopier les apports stylistiques colossaux de MEMORIES OF MURDER de Bong Joon-ho et J’AI RENCONTRE LE DIABLE de Kim Jee-woon, BURNING flirte avec la quête obsessionnelle et se sert de l’incendie pyromane comme d’une métaphore de l’expression de plus en plus incandescente de cette violence sourde dont l’embrasement semble inéluctable.

On pourra aisément interpréter le film sous l’angle sociétal, que ce soit par le fait qu’il place son intrigue non loin de la frontière nord-coréenne ou par sa peinture d’une rivalité entre deux jeunes hommes comme d'une parabole de la lutte des classes qui prédomine dans la société sud-coréenne – en cela, le contenu du film de Lee Chang-dong peut se voir comme un avant-goût de ce que racontera Bong Joon-ho l'année suivante avec le formidable PARASITE. Mais la force de BURNING réside dans sa capacité à s’imposer sur le long terme dans l’esprit du spectateur, à revenir le hanter les jours qui suivent sa découverte, à se propager tel un feu de broussaille dans l’inconscient du spectateur qui, à l’instar du personnage principal, s’interrogera désormais sur la tangibilité de bon nombre de choses et sur son rapport face à la réalité et à la multitude de vérités qu’elle suppose.

La bande annonce

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A BRIGHTER SUMMER DAY d'Edward Yang

A BRIGHTER SUMMER DAY est l’une des plus grandes fiertés de l’industrie du cinéma taïwanais et surtout l’une des œuvres cinématographiques les plus gigantesques jamais conçues. En effet, entremêlant les tournoiements intimes et les bouleversements historiques, ce film fait dialoguer en permanence le microcosme et le macrocosme avec une aisance rare, presque obsolète.

Mis en scène en 1991 par Edward Yang (TAIPEI STORY en 1985, LE TERRORISTE en 1986, puis plus tard YI YI en 2000 qui obtint le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes), A BRIGHTER SUMMER DAY est donc une épopée de plus de quatre heures disposant d’un scénario contenant une centaine de rôles et dont le titre est un clin d’œil à une chanson d’Elvis Presley, « Are You Lonesome Tonight ? », que l’un des jeunes personnages entreprend de traduire au cours du récit. L’histoire se déroule dans les années 1960, période où la vie politique taïwanaise est fragilisée. En effet, le maréchal Tchang Kaï-chek, alors président de la République de Chine, se voit contraint de fuir à Taïwan après la victoire de Mao Zedong. Il est suivi par une vague d’immigration, des Chinois pour la plupart aisés qui fuient le régime communiste, et ceux-ci, bien que ne représentant que 15% de la population de Taïwan, aidèrent Tchang Kaï-chek et le Kuomintang (le parti nationaliste) à y reformer la République de Chine. C’est dans ce contexte divisé et chaotique que, quelques années plus tard, Xiao Si'r (Chang Chen), jeune fils d'un réfugié politique chinois, se retrouve à fréquenter un lycée de nuit, plus malfamé que les lycées de jour, au grand dam de son père. En effet, il ne tarde pas à fréquenter les gangs qui se mènent une guerre sans merci et à tomber amoureux d’une jeune fille courtisée par d’autres membres de clans.

A BRIGHTER SUMMER DAY, c'est avant tout un sacré morceau de cinéma, un monument déroulant une narration dont la lenteur calculée et la complexité sont autant de qualités que nous n'avons plus l'habitude de voir sur grand écran. Et pourtant le film ne semble jamais ennuyeux ou inutilement étiré. C'est une histoire à la fois intime et très personnelle racontée à très grande échelle. Le film prend son temps mais ne traîne jamais, et il développe patiemment une galerie de personnages tous attachants et authentiques. Edward Yang, avec une patience et une minutie infinies, recrée à cette occasion tout un quartier, une communauté tout entière et nous invite à flâner parmi ces gens. Grâce à sa reconstruction pointilleuse, Yang réussit à nous plonger dans ces temps turbulents où il a passé son enfance.

L'ambition derrière A BRIGHTER SUMMER DAY n'est pas si éloignée de celle du réalisateur mexicain Alfonso Cuaron lorsque celui-ci réalisa l'incroyablement émouvant ROMA une trentaine d'années plus tard : bien que le film soit inspiré d'un fait-divers, il cherche avant tout à redonner vie à un souvenir d'enfance, de la manière la plus glorieuse et cinématographique possible, et de reconstruire avec soin un monde qui a maintenant disparu mais qui était pourtant déjà « présent » dans les souvenirs et les précédents travaux de son metteur en scène. C'est également une chronique relatant le passage à l'âge adulte d'une manière très subtile et qui utilise l'art de l'ellipse avec une étonnante inventivité. Ce qui est résolumment merveilleux avec A BRIGHTER SUMMER DAY, c'est que l'on sent qu'il s'agit du « film de toute une vie ». Il se dégage de ce chef d'oeuvre une forme de sagesse tranquille et une mélancolie follement romantique que vous ne pouvez trouver que dans les plus grandes épopées intimes (LA PORTE DU PARADIS de Michael Cimino ou IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMERIQUE de Sergio Leone par exemple).

Toute personne appréciant le 7ème art devrait oser se frotter à un tel « Everest » cinématographique malgré sa longueur colossale qui peut en effrayer plus d’un. C'est du cinéma presque parfait, un film dans lequel chaque plan, chaque mouvement de caméra, chaque coupure, chaque ligne de dialogue, chaque choix de couleur est pertinent et a été soigneusement réglé au préalable afin d’être compris par tous les spectateurs, peu importe leurs âges et d'où ils viennent. A BRIGHTER SUMMER DAY est une belle démonstration de comment le cinéma peut transcender la réalité tout en restant capable de transmettre une vérité et une émotion tout aussi réelles que tout ce que cette réalité peut nous offrir.

La bande annonce

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PLUIE NOIRE de Shohei Imamura

Restauré et ressorti dans quelques salles françaises le 20 juillet dernier, PLUIE NOIRE est un film japonais réalisé par Shōhei Imamura en 1989. Il est adapté du roman du même titre de Masuji Ibuse publié à partir de 1965. L’histoire débute le 6 août 1945 dans la ville d’Hiroshima alors que la bombe atomique éclate pour ne laisser plus que des ruines, des corps décharnés et des survivants hagards. Parmi eux se trouve Yasuko (Yoshiko Tanaka), en route vers la maison de son oncle (Kazuo Kitamura). Une pluie noire s'abat ensuite sur ce qui reste de la ville et ceux qui sont touchés par les gouttes sombres ne savent pas encore qu'ils viennent d’être irradiés par elles. Quelques années plus tard, Yasuko vit à la campagne avec son oncle et sa tante. Mais elle ne parvient pas à trouver un mari. En effet, on craint la maladie qu’elle est susceptible de porter en elle.

Shōhei Imamura est une des figures éminentes de la Nouvelle vague japonaise avec Nagisa Oshima (L’EMPIRE DES SENS en 1976, FURYO en 1983). Il s’est fait connaître sur la scène internationale avec LA FEMME INSECTE en 1963 et il obtint par la suite deux Palmes d’or au Festival de Cannes, la première en 1983 pour LA BALLADE DE NARAYAMA et la seconde pour L’ANGUILLE en 1997. Ses films s’intéressent tout particulièrement aux marginaux et aux failles de la société nipponne, et PLUIE NOIRE ne déroge pas à la règle puisque le long métrage explore le traumatisme atomique qui a secoué l’archipel et l’incapacité d'un peuple japonais embarrassé à y faire face.

Le film dégage une puissance solennelle et digne, même si son rythme n'est pas particulièrement convivial (un peu comme le roman qui adoptait la dynamique lancinante d’une chronique quotidienne). La reconstitution de Hiroshima est particulièrement impressionnante et ne nous épargne pas les images choquantes même si ces dernières ne semblent heureusement jamais gratuites. PLUIE NOIRE est émaillé de séquences poignantes, des scènes qui restent à jamais gravées dans la mémoire, tantôt spectaculairement dramatiques, tantôt terriblement minimalistes.

Ce qui frappe particulièrement est le soin accordé à la photographie en noir et blanc, à un tel point que le film ressemble exactement à une production qui aurait été façonnée dans les années 1950 alors qu’il a été conçu plus de trente ans après. S’il est un exercice habituellement puéril mais très apprécié au cinéma, c’est justement de pasticher le style du cinéma d’une époque en espérant que cela suffise à en reconvoquer fidèlement l’esprit. Or si le résultat tient presque toujours de la parodie stérile, le parti-pris de PLUIE NOIRE est tenu avec une telle adresse que cela ajoute une ambiance étrange au film, comme s'il avait effectivement été réalisé dans un univers parallèle où le Japon aurait su regarder directement dans les yeux de Hiroshima dès le milieu des années 1950. De plus, le contraste entre l'esthétique d'une image « polie » de 1950 et la violence graphique qu’implique la reconstitution fidèle du bombardement est l'une des plus grandes réussites d'Imamura sur ce projet.

Les acteurs sont tous excellents et on s'attache facilement à tous ces personnages maudits. Il n'y a pas beaucoup d'espoir dans ce conte très sombre et une angoisse sourde et permanente vient nous rappeler que si tout finit par se désintégrer pour mieux recommencer, cela s'applique également aux pires folies et aux plus incommensurables atrocités. Le film aurait peut-être été encore plus frappant s'il allait davantage droit au but lors de certains passages. Mais malgré quelques scories rythmiques, PLUIE NOIRE est une œuvre fondamentalement nécessaire qui se doit d’être redécouverte.

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LA FORTERESSE CACHEE d'Akira Kurosawa

En 1958, Akira Kurosawa traversait une mauvaise passe. Les trois films qui ont suivi son extraordinaire LES SEPT SAMOURAIS en 1952 se sont révélés être des déceptions commerciales assez fraîchement accueillies. En 1955, VIVRE DANS LA PEUR désarçonna un public qui ne souhaitait pas encore entendre parler du péril nucléaire alors que le traumatisme de Hiroshima et de Nagasaki n’était alors vieux que de dix ans. En 1957, LE CHATEAU DE L’ARAIGNEE réunit davantage de monde en salles mais son box-office resta en-deçà des attentes et ne pouvait être qualifié de satisfaisant de la part du réalisateur de RASHOMON et des SEPT SAMOURAIS. La même année, LES BAS-FONDS rencontra une indifférence aimable de la part des spectateurs et des critiques. Ces trois films ont beau être désormais désignés comme étant quelques-uns des travaux majeurs du plus grand des réalisateurs japonais, Kurosawa avait alors l’impression de ne plus être en phase avec son public et ressentait le besoin d’offrir à ce dernier un film plus accessible, plus optimiste et fédérateur, un grand spectacle qui lui permettrait de renouer avec le succès et de redorer son blason.

LA FORTERESSE CACHÉE est ce film plus enjoué, plus grandiose, plus extravagant. Filmée en format panoramique (un format qui devenait populaire au Japon grâce à la largeur du cadre qui permettait la composition de scènes monumentales dotées d’une profondeur de champs inégalable), cette épopée historique et fantasque se déroule dans le Japon divisé du XVIème siècle et suit le voyage d’une princesse (Misa Uehara), de son fidèle général (Toshiro Mifune) et de deux paysans opportunistes (Minoru Chiaki et Kamatari Fujiwara) qui cherchent à traverser les lignes ennemies afin de ramener un trésor et de rejoindre leurs foyers. Le long métrage fut un immense triomphe au box-office et parvint à conquérir autant le cœur des spectateurs que celui de la critique internationale (il remporta au passage l’Ours d’Argent au Festival de Berlin). Bien qu’effectivement plus léger et facile à aborder, LA FORTERESSE CACHÉE est une œuvre de cinéma dont l’influence a été notable, en particulier sur un certain « space opera » réalisé par George Lucas en 1977.

Bien que le réalisateur américain essaie dorénavant de minimiser son influence sur LA GUERRE DES ETOILES, il est difficile de nier que ce dernier doit beaucoup à cette fresque, et pas seulement à cause de certaines connexions évidentes comme les « coupes » transitoires si spécifiques ou bien ce duo comique formé par les deux paysans qui parait si proche du binôme formé par ces deux droïdes chamailleurs que sont C3PO et R2D2.

Certains prétendront que c'est un film « mineur » de Kurosawa parce que - comme STAR WARS - c'est évidemment une aventure « légère », sans message politique apparent et avec une finalité plutôt rassurante, qui se veut avant tout « populaire » dans sa conception et les références qu’elle convoque et donc « facile à regarder et à appréhender ». LA FORTERESSE CACHÉE est un long métrage conçu, écrit et tourné de manière à ce que son histoire apparaisse comme « simple » et sa symbolique « évidente ». Mais c'est cette écriture visuelle simplifiée et élémentaire qui confère à ces deux films un si grand pouvoir d'évocation. Autre point commun avec LA GUERRE DES ETOILES, le scénario de LA FORTERESSE CACHÉE, et en particulier les interactions malignes entre ses personnages, donne vie à tout cet univers dans lequel se déroule l'aventure. On n’en voit pourtant qu’une parcelle, mais chaque information donnée par le biais d’un dialogue ou d’un angle de vue offre un espace que l’imagination du spectateur peut remplir librement. La mise en scène et le découpage sont d’une fluidité et d’une précision si admirables que l’on pourrait mentalement replacer les différents endroits où se déroule l’action sur une carte.

LA FORTERESSE CACHÉE est un chef d’œuvre, un conte profondément mythologique. Avec le très charismatique Toshiro Mifune en tête d’affiche, le film avance avec la puissance et la vélocité d’une phénoménale locomotive, jonglant adroitement entre les moments comiques et les rebondissement plus dramatiques avec un savoir et une sagesse qui semblent inconnus aux jeunes réalisateurs contemporains : de fait, les moments de relâchement n'interfèrent jamais avec la portée des séquences lacrymales, ils contribuent carrément à multiplier les émotions engendrées par ces dernières. Ainsi, LA FORTERESSE CACHÉE est l'un des plus glorieux représentants d'une forme de cinéma populaire aujourd'hui morte, un cinéma de l’artisanat confectionné avec conscience, expertise et un refus catégorique de toute approche cynique. C'est un cinéma nécessaire qui utilise la caméra pour raconter l'une de ces histoires immortelles que les gens des quatre coins du monde et de tous les âges se racontaient au coin du feu. C'est du cinéma intemporel, le genre de cinéma que l’on pourrait montrer à n'importe quel jeune public contemporain parce qu'il comprendrait instinctivement tout ce qui est raconté et montré. Avec cette œuvre, Kurosawa prouve encore une fois que le langage cinématographique peut être un langage profondément universel, pour peu que le ou la cinéaste connaisse et maîtrise sa grammaire sur le bout des doigts.

La bande annonce

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